La croissance économique, dans un contexte démographique variable, consomme des ressources, en eau, en espace (terres agricoles et espace urbain) et en énergie. En Algérie, cette consommation des ressources par la croissance, interne et externe, est le fait d’acteurs locaux (Etat, ménages et entreprises) mais aussi d’acteurs étrangers à travers le développement du système énergétique pour l’exportation notamment vers l’Europe, le plus grand partenaire commercial du pays. Le marché local est structuré de son coté par l’urbanisation et l’évolution du modèle de consommation dans les villes et les campagnes mais aussi par la transformation du système productif. Il l’est aussi par la dynamique globale du territoire.

La colonisation française a organisé le peuplement européen en lui fournissant les terres et l’eau. Les lois foncières du 19éme et du début du 20ème ont concentré les meilleures terres agricoles, soit 2 400 000 hectares, entre les mains des colons, petits et surtout grands. La grande hydraulique agricole, soit dix huit grands barrages, est massivement mobilisée pour les terres européennes (80% des ressources utilisées lui sont consacrés). Le vignoble européen occupera notamment jusqu’à 450 000 hectares de bonnes terres, notamment en Oranie qui en accueille jusqu’à 55% du total.
Les Algériens, dépossédés des meilleures terres et de l’eau, s’appauvrissent et commencent à émigrer, vers les villes d’abord puis vers la France, après avoir payé un lourd tribut durant la première guerre mondiale qui a réquisitionné des vies (25000 morts algériens et beaucoup plus de blessés) mais aussi beaucoup de ressources agricoles algériennes pour ravitailler le front. La misère s’approfondit pour longtemps dans les campagnes. Dans les années 20, le recensement des Algériens devient plus précis. Dib et Feraoun témoignent de la misère sociale après la deuxième guerre mondiale. Plus tardivement, les découvertes pétrolières des années 1950, ouvrent un nouveau champ de croissance aux firmes françaises. Le code pétrolier les traite généreusement au motif de l’indépendance énergétique française. C’est le début de l’extraversion de l’industrie pétrolière et gazière, au profit de la France d’abord, puis de l’Europe. Du gaspillage aussi, puisque le torchage du gaz va éclairer pendant des décennies, le ciel algérien.

La guerre de libération nationale est aussi une guerre pour la récupération des ressources en terres, en eau et en énergie. Les décrets de mars 1963 sur les terres coloniales et les nationalisations de 1971 consacrent le mouvement historique de retour des ressources naturelles aux Algériens. La nationalisation des hydrocarbures devait mettre les ressources naturelles fossiles au service du développement, c’est-à-dire transformer progressivement le stock de ressources naturelles en patrimoine économique et technologique. La Société pétrolière nationale est promue acteur unique du secteur, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur a été le maintien puis la croissance de la production pétrolière jusqu’au début des années 80 et le lancement de l’exploitation massive du gaz, notamment à destination du plus grand marché gazier de l’époque, le marché américain. Mais le pire n’a pas été loin : la rupture des accords gaziers avec les américains puis allemands, la stagnation des découvertes pétrolières, faute de technologies…..

Par Abdelatif Benachenhou – Ancien Ministre

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