Les iles menacées de submersion, les pays les moins avancés qui risquent d’être aspirés par la trappe de la pauvreté, le Japon traumatisé par l’accident de Fukushima, l’Australie partagée entre les partis de gauche et de droite, la Russie avec ses engagements en Asie et en Europe, la Chine et l‘Afrique du Sud dépendant du charbon et des marchés énergétiques extérieurs, l’Europe tiraillée entre ses trois composantes nordique, orientale, et méditerranéenne, les pays pétroliers en quête d’une nouvelle stratégie, le Canada dans son nouveau  rôle après son retour aux négociations,
les Etats-Unis et leur refus constant d’accords internationaux contraignants, et enfin la France pays hôte soucieuse de préserver sa neutralité positive». C’est ainsi que Chérif Rahmani résume ce qu’il appelle «un jeu de billard à plusieurs bandes». On ne pouvait mieux décrire l’atmosphère dans laquelle s’est déroulée la COP21 (29 novembre 2015 / 12 décembre 2015) au Bourget, en région parisienne. En tout 195 pays représentés au plus haut niveau, 40 000 participants, une infinité d’ONG, les points de vue les plus extrêmes, les intérêts les plus contradictoires. Et pourtant, lorsque le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, qui a présidé cette vingt-et- unième conférence des parties sur les changements climatiques, tremblant et presque lui-même incrédule, a abattu son petit maillet sur le pupitre, une immense clameur s’est élevée dans une salle plénière rendue électrique par l’émotion. «L’accord de Paris pour le climat est accepté !»

La sentence fut accompagnée d’un moment de transe collective peu habituelle dans une enceinte, pleine comme un oeuf, de diplomates, de scientifiques, d’observateurs, et de responsables politiques. C’est que la veille encore les positions des négociateurs étaient diamétralement opposées. Et nul n’a oublié l’échec majeur de la conférence de Copenhague (COP15, décembre 2009). «Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de coopération mondiale sur une des questions les plus complexes auxquelles l’humanité s’est confrontée» a déclaré le Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki Moon. Tout est donc bien qui finit bien. Certes. Mais c’est aussi maintenant que tout commence.

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